Il m'arrive d'intervenir dans des maisons de retraite où j'anime des ateliers d'Aromatologie , de Toucher présent, et parfois pour des
séances individuelles de sophrologie.
La constatation que je fais m'amène à prendre conscience que la plupart des résidents, surtout ceux qui présentent des troubles du comportement, de la mémoire..., sont souvent livrés à
eux-même.Seuls, dans un coin, voire cloîtrés dans leur chambre.
Face à eux, nous nous retrouvons face à notre impuissance, et cela nous fait terriblement peur.
Le personnel soignant, n'est pas vraiment formé pour accompagner ces personnes et sans s'en rendre compte parfois sont dans la "maltraitance".
J'entends par là, leur écoute, leur geste, leur regard, leur présence, leur approche par manque de connaissance les font manquer à leur accompagnement.
Il me paraît important ici, mais aussi dans tellement d'autres domaines, d'être vraiment présent à ces personnes et de leur redonner leur humanité
qu'ils ont tendance à perdre dans ces conditions.
Il y a plusieurs critères à respecter lorsque l'on aborde ces personnes:
pour cela il faut peut-être commencer par se poser cette question: "qu'est-ce qu'une personne?"
l'homme est un animal, un mammifère supérieur, bien évidemment il faut prendre en compte autre chose que la simple partie animale de l'homme, c'est à dire son "Humanitude"( terme de Freddy
Klopfenstein) et l'un des éléments fondamentaux de l'humanitude est la communication.
En effet, lorsqu'un enfant vient au monde, il a besoin de certains signes de reconnaissance (comme l'animal lèche son petit afin de le reconnaître dans son espèce, pour qu'il trouve la mamelle,
la protection du troupeau...) et bien cet enfant a besoin lui aussi de ce "léchage" subtil basé sur les 3 pilliers de la communications: le regard, la parole et le toucher.Sans ces signes,
l'enfant meure ou s'enfonce dans l'arriération.
On a tendance à l'oublier, mais cela est vrai aussi pour les personnes en fin de vie.
Si vous posez un nouveau-né sur une table, regardez comme toute personne qui passe va le regarder, lui parler, le toucher, s'attendrir.
Imaginez maintenant la même scène avec une personne non communicante, assise dans un fauteuil...bien peu de personnes vont aller spontanément vers elle.
Des études ont été faites montrant d'une façon consternante que moins de 120 secondes par 24 h de communication verbale étaient accordées à ces personnes!
Le regard est vecteur de valeurs, sentiments et répond à des critères bien précis: l'amour, la tendresse, la fierté, la protection, l'appartenance, la reconnaissance...Il est axial, horizontal et
dure dans le temps.
Tout cela va accompagner dans la construction des relations tout au long de la vie.
Bien souvent nous allons fuir leur regard, car comme je le disais plus haut cela nous ramène à nos propres peurs sur la mort.
Pourtant nous avons besoin de modifier notre regard, apprendre à aborder ces personnes de face, car bien souvent ils n'ont plus de vision latérale, à nous rapprocher, nous mettre à niveau et
surtout prolonger le regard.
Même si cela est parfois, souvent difficile, n'oubliez pas que derrière certains comportements il y a "souffrance" "manque"...
La parole est constituée par 2 éléments: le ton, et les mots.
Lorsqu'un soignant s'adresse à un patient en lui posant une question il s'attend à une réponse, mais ici souvent la réponse est non verbale.
Avec ces personnes, notre communication est à modifier: décrire tous nos gestes, cela permet aussi une rééducation du schéma corporel.
Le Toucher est communication non verbale, c'est sans doute à mon sens le plus important.
La douceur, la lenteur avec lesquelles nous allons effectuer ce toucher sont d'une grande importance.
Un des gestes à retirer de nos automatismes est "la prise en pince". En effet il est souvent associé à la mémoire des punitions liées aux saisies que nos parents ou autres personnes faisaient en
nous attrapant par le poignet d'une façon vive. Ce geste est inscrit dans notre cerveau limbique, siège de toutes nos émotions et de tous les souvenirs liés à un état corporel.
C'est pour cela qu'il est préférable de prévenir la personne que vous allez la toucher en commençant par le bout des doigts puis en posant la paume.
Notre plus bel outil c'est la main, cette main qui peut tant donner, cet outil de communication.
Tout cela me paraît tellement évident et pourtant pas tant que ça à voir se qui se passe dans certaines maisons de retraite.
J'ai appris récemment que ma façon d'aborder les personnes âgées se rapprochait du "projet d'humanitude" de Gineste-Marescotti.
Si je devais émettre un souhait , ce serait que cette approche se développe de plus en plus et se perennise dans le cadre de ces institutions.